Nous ne sommes pas l'Esprit
"Le "Je" de "je pense" et de "je fais" est aussi réel que le "il" de "il pleut" et de "il fait froid"."
Leo Hartong
"Aucune chose (y compris l'entité corps/mental que vous considérez comme étant votre moi) n'existe en elle-même de façon séparée, mais seulement comme des fonctionnements apparents de la Conscience.
Il n'y a pas de soi ou d'esprit séparés, seulement des personnages rêvés dans le Soi ou la Conscience. Il y a seulement la pensée se produisant dans cet organisme apparent, dans ces personnages rêvés. Nous en faisons l'expérience : nous voyons bien les pensées qui se produisent. Cependant, supposer qu'elles naissent dans nos têtes à l'intérieur de quelque chose nommé l'esprit est un raccourci dangereux. C'est de cette fondamentale erreur de perception que découle tout le reste, le dualisme, l'illusion de la séparation, le samsāra [cycle de le vie et de la mort]
David Carse
"L'esprit est comme la lune, recevant sa lumière de la conscience du Soi, qui ainsi est comparable au Soleil. Par conséquent quand le Soi se met à briller, l'esprit, comme la lune, devient inutile."
Ramana Maharshi.
"L'esprit est seulement un transmetteur, le transmetteur de ce qui est en train de se passer. J'utilise l'image du morceau de fer dans le feu. Il va rougir comme du feu. Il va devenir chaud comme du feu. Saisissez-le et il va vous brûler comme du feu. Il a donc pris les qualités du feu.
S'il était comme notre esprit, il dirait : "Regardez-moi ! Regardez ce que je peux faire; je suis rouge, je suis brûlant, je peux brûler !" Mais retirez-le du feu et que peut-il faire ? Il ne peut rien faire de tout cela. C'est la même chose avec le fait de penser. L'esprit se confond si étroitement avec cette pure intelligence qu'il croit être cette intelligence elle-même. Il pense "je choisis" ou "j'ai une volonté" ou "je peux faire ceci" ou "je ne suis pas assez bon" ou "je suis une mauvaise personne" ou autre.
Mais quand on y regarde de près, il ne fait rien de plus que transmettre. Quand on le questionne et qu'on l'examine, on peut voir qu'il n'a aucun pouvoir propre, ni aucune substance propre ni indépendance. Que fait l'esprit quand il voit cela et comprend cela ? Il s'aligne simplement sur cette intelligence et joue son rôle de transmetteur en cessant de croire qu'il aurait un pouvoir ou un semblant d'entité ou d'indépendance par lui-même."
Bod Adamson, disciple de Nisargadatta Maharaj
"On considère que tout sentiment est comme une vague dans l'Océan de la Paix. Cette comparaison n'est pas tout à fait juste. Il est important de comprendre qu'il n'y a de vague que dans l'océan et qu'il n'y a pas de vagues dans la Paix. Dans la Paix, il n'y a ni vague ni océan, tout comme il n'y a ni océan ni vague dans l'eau. Pareillement, il n'y a ni pensées ni sentiments en moi, le vrai "je" - en tant que principe. En envisageant les émotions de cette façon, nous pouvons profiter même du sentiment de détresse si l'on se concentre sur le vrai contenu de cette détresse et que l'on rejette son nom et sa forme, qui sont illusoires.
Ainsi, toute émotion est un indicateur pointé vers cette Paix qui est là en permanence à l'arrière-plan. Il se peut tout à fait que l'on perde son soi apparent dès que surgit une émotion ; pas dans l'émotion elle-même mais dans son arrière-plan permanent.
Nous avons tous eu l'occasion d'être spectateur de pièces de théâtre tragiques débordantes de pathos et de froide cruauté envers des personnes bonnes qui nous ont fait pleurer du début à la fin. Et cependant le jour suivant nous sommes prêts à payer pour être à nouveau témoin du même spectacle afin depouvoir continuer à pleurer. Que se cache-t-il derrière tout ceci ? N'est-ce pas le plaisir de la détresse ? Cela vous montre qu'il y a quelque chose d'inhérent à cette soi-disante détresse qui vous pousse à la courtiser. C'est la Paix, en arrière-plan, qui se trouve derrière toutes ces émotions.
Par conséquent, percez à jour vos émotions et percevez que seule la Paix est présente. C'est ce que fait le jñānin, et ainsi il peut goûter toutes les émotions que vous vous appliquez si bien à distinguer de la Paix, ce qui est source de souffrance."
Krishna Menon
Ce processus par lequel nous nous identifions avec les activités de la pensée ne sert plus la vie humaine mais est devenu la vie humaine. S'identifier au mental signifie qu'aucune séparation n'existe entre l'esprit humain (en tant que pensée) et la vie humaine. Nous sommes ce que nous connaissons. Il en découle que je suis ma religion, je suis ma nationalité, je suis ma guerre, je suis l'image que je me suis fait de moi-même et des autres, je suis mon parti politique, je suis la façon dont j'interprète mon champ d'expérience, je suis ma morale, mon ordre social et mon conditionnement social. Je suis à la fois ce que mes pensées croient être moi et n'être pas moi. Je suis finalement constitué de la totalité des projections de mon propre esprit, fragmentaires, créatrices de destinée et non contrôlées. Ce sont toutes des créations de la pensée et tant que je m'identifie à la pensée, ce monde de pensées est moi. Là-dedans, il n'y a pas d'autre. Tant que nous nous identifions à cette réalité projetée, nous en tirons douleur et jouissance.
Möller de la Rouvière
"Tant que vous avez un corps, vous aurez des pensées et votre façon de penser ne changera pas. La nature de la pensée fait qu'elle fonctionne avec des paires d'opposés, ce qui constitue le dualisme. Vous ne pouvez pas penser autrement. passé/futur, douloureux/heureux, chaud/froid, etc. Une fois qu'on l'a compris on s'en trouve libéré. Laissez donc l'esprit faire ce qu'il veut. Ce n'est pas vous. C'est une apparence qui va et vient."
"Etre libéré des pensées signifie laisser simplement la pensée aller librement. Laissez-lui faire ce qu'elle veut. Laissez-la flotter autour de vous puis vous quitter. Aucune pensée ne dure. Où sont les pensées d'hier ?"
Bob Adamson
Citations extraites du Chapitre I : Découvrir qui nous ne sommes pas de Advaita Vedanta : Théorie et pratique de Dennis Waite, Editions Almora, 2011, pages 29 à 32.