Qui suis-je ? : La quête sacrée - Jean Klein
Jean Klein, Qui suis-je ? : La quête sacrée.- Editions Albin Michel S.A., 1989. (Collection Sagesses, Le relié Poche)
Introduction
(p11 à 15)
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[...]
"Pourquoi évitons-nous l'appel de l'interrogation ? Pourquoi évitons nous de découvrir ce que nous sommes ? En grande partie à cause du sentiment profond qu'interroger sincèrement signifie la mort de quelque chose auquel nous nous accrochons, ce quelque chose étant l'idée que nous avons de nous-même, la personnalité, l'ego et tout ce qui va avec.
Mais nous hésitons également parce que nous ne savons pas comment poser la question, nous la sentons là mais ne savons pas comment l'approcher, nous la sentons trop vaste pour nous, nous en avons peur. Ce qui est merveilleux, c'est que ces deux excuses font partie de notre sagesse inhérente, viennent de la réponse même. Elles prouvent que nous en savons déjà plus que nous ne le pensons.
Le premier pas dans la recherche de soi est donc de voir quels lâches nous sommes, comment nous évitons toute occasion d'interroger réellement, comment nous fuyons ce désir ardent, ou le sentiment de manque. Il se peut que nous les reconnaissions intellectuellement mais nous ne les accueillons pas vraiment. Dès que nous admettrons cette réaction, nous sentirons la vie nous provoquer à chaque instant. La question est toujours là, sous-jacente à toutes nos activités compensatoires.
[A la différence des autres questions quotidiennes...]
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Lorsque nous demandons : qui suis-je ?, nous interrogeons ce centre de référence, nous interrogeons celui qui interroge, et de toute évidence ce qui est en question ne peut donner une réponse. Dans cet espace de recherche la mémoire n'a aucun rôle car qu'y a-t-il à comparer au "je" ou à la vie ?
Nous ne pouvons sortir de cela, nous sommes cela. Alors nous sommes amenés à un arrêt, et nulle part où aller. Nous ne savons plus. Il est possible de passer une vie entière, planant là aux frontières du concept, où Kant s'est trouvé.
Mais là où pour le philosophe la recherche se termine, pour celui qui cherche la vérité ce n'est que le commencement. Car c'est le moment où l'on passe de la recherche spirituelle mue par un pressentiment de la réponse à ce que l'on pourrait appeler la quête sacrée qui est la réponse.
La quête réelle commence lorsque ce non-savoir cesse d'être un concept agnostique et devient une expérience vivante. Cela survient soudain lorsque l'arrêt de l'effort mental est ressenti à chaque niveau, c'est-à-dire lorsqu'il devient une perception immédiate plutôt qu'une simple cognition. Lorsque l'état "je ne sais pas" est accepté comme un fait, toute l'énergie qui était jusque-là dirigée vers "l'extérieur", dans sa recherche d'une réponse, ou vers l'"intérieur" dans sa recherche d'une interprétation, est maintenant libérée de toute projection, et conservée.
En d'autres termes, l'attention n'est plus dirigée vers l'aspect objectif mais va reposer dans le multidimensionnel organique. Cela se manifeste par une orientation soudaine, un déplacement de l'axe de notre existence, la fin de la recherche de réponses en dehors de la question même.
Permettre au "je ne sais pas" d'être pleinement exploré amène celui qui cherche dans un domaine nouveau.
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C'est une nouvelle façon de vivre. Un état d'expansion à tous les niveaux, une ouverture à l'inconnu et donc à la toute-possibilité.
Il n'y a rien d'introverti ou de mystique dans le fait de vivre dans l'ouverture, dans la vigilance non dirigée. Les outils de l'existence, la mémoire et le "je" vont et viennent lorsqu'on a besoin d'eux, mais la présence dans laquelle ils vont et viennent demeure.
La disparition du centre de référence ne signifie plus inconscience, vide, mort. Il y a le continuum de la conscience, la vie, où tous les phénomènes apparaissent et disparaissent. Là seulement, il existe une sécurité et un accomplissement absolus. A partir de ce moment les résidus de formulation, de subjectivité deviennent plus économiques, alimentés par rien d'autre que la question même, jusqu'à ce que les résidus de la Question vivante soient dissous dans la Réponse vivante.
[...]
Emma Edwards (qui a recueilli et mis en forme les entretiens avec Jean Klein qui suivent.)
Prologue
(pages 17 à 19)
[...]
Pages 18 à 19
"Vous n'êtes plus nourri par le Tout. Vous vous prenez pour un individu.Vous ne pouvez pas vivre en autarcie.
Comment puis-je être nourri par le Tout ? Comme vous dites.
Vous êtes le Tout. Voyez seulement que vous pensez être une fraction.
Si me prendre pour un individu est devenu un réflexe, que puis-je faire pour y remédier ?
Prenez simplement note du mécanisme. Le voyant vous êtes déjà en dehors. Celui-ci peut se poursuivre quelque temps, mais il n'est plus alimenté par votre implication. Ce mécanisme est en vous, mais vous n'êtes pas dedans. Au moment où vous le voyez, le réflexe cesse d'être accentué. Donc, lorsque vous le voyez clairement, il vous révèle en tant que percipient (N.d.T. : en anglais percipient : le sujet qui perçoit).
[...]
Parvenez à un arrêt de toute projection et demeurez dans une vigilance réceptive. C'est un état passif-actif. Dans les moments libres de toute production, se dévoilent des apparitions spontanées. Vous en viendrez à reconnaître celles-ci comme votre être, votre globalité, votre présence.
Dans un premier temps vous reconnaissez la paix, ensuite vous l'êtes. Vous vous sentez autonome, c'est-à-dire non identifié à votre environnement. Alors la
relation vraie est possible.
La relation
(Pages 21 à 42)
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[...]
Lorsque nous vivons libres de toutes idées et projections, nous entrons en contact direct avec notre environnement. Pratiquement donc, avant de pouvoir être relié à notre environnement, nous devons d'abord savoir comment être relié à ce qui est le plus proche de nous : notre corps, nos sens, notre mental.
Le seul obstacle à une perception claire de notre nature véritable est l'idée maîtresse d'être un individu séparé, vivant dans un monde avec d'autres individus séparés.
[...]
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Sans notion d'individu, il n'y a pas sensation d'être séparé, et l'on ressent une unité avec toute chose.
[...]
Ainsi, en langage humain, être en relation, c'est être en communion avec le Tout. Dans cette communion, la soi-disant présence de l'autre est ressentie comme un don spontané, et notre propre présence est une réception spontanée. Il n'y a plus sensation de manque, donc du besoin d'exiger, parce que le seul fait de recevoir nous amène à notre ouverture.
Lorsque nous vivons dans l'ouverture, la première impulsion est d'offrir.
Être dans l'ouverture et dans le mouvement spontané d'offrande, c'est l'amour.
L'amour est méditation ; c'est une nouvelle dimension donnée à la vie.
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Les relations sont le miroir dans lequel se reflète votre être intérieur. Soyez conscient d'être un chaînon dans la chaîne de l'existence. Lorsque vous ressentez vraiment cela, l'accent n'est pas mis sur le fait d'être un individu, et vous sortez spontanément de votre restriction. Vous ne vivez plus dans l'isolement, dans l'autonomie. Etre en relation est le pressentiment de la présence.
[...]
L'erreur est de s'identifier avec la personnalité, de la conceptualiser dans la mémoire et nous prendre ensuite dans cette collection d'images cristallisées plutôt que de laisser toutes les émotions, perceptions et pensées se développer et mourir en nous.
Nous sommes dans un théâtre, regardant notre propre pièce se jouer sur la scène. L'acteur est toujours "derrière" sa persona. Il semble être complètement perdu dans la souffrance, dans le fait d'être un héros, un amant, un bandit ; mais toutes ces apparitions se situent dans la présence globale. Cette présence n'est pas comparable à une attitude détachée, à la position de témoin. Ce n'est pas une sensation d'être séparé, "en dehors".
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C'est la présence de la totalité, de l'amour d'où tout découle. Lorsqu'aucune situation n'appelle l'activité, nous demeurons dans le vide de toute activité, dans cette présence.
[...]
Vivre en tant que personnalité, c'est vivre en dans la restriction. Ne vivez pas dans la restriction. laissez la personnalité vivre en vous. Vivre dans l'environnement sans séparation est d'une grande, grande beauté.
Pourriez-vous parler davantage de l'humilité dans les relations humaines ?
L'humilité n'est pas quelque chose que vous portez comme on porte un vêtement; Elle n'a rien à voir avec des hochements de tête et des yeux baissés. Elle vient de la résorption de l'individualité dans l'être, dans la paix. Elle vient de le fin de toute agitation. Dans l'attention, dans la vigilance il y a de l'humilité.
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C'est la réceptivité, l'ouverture à tout ce que la vie apporte. Lorsqu'il n'y a pas de mémoire psychologique, pas d'accumulation de savoir, il y a innocence. L'innocence est humilité.
Dans les situations intimes ou problématiques, chacun doit parler en toute humilité de ce qu'il ressent. Faire simplement une déclaration de faits sans justifications, sans interprétation. Nous ne devons pas rechercher de conclusion. Si nous permettons à la situation d'être complètement libre de toute évaluation ou jugement, de pression pour trouver une conclusion, beaucoup de chose apparaissent qui n'appartiennent pas à notre mémoire.
L'humilité apparaît lorsqu'il n'y a pas référence à un "Je". Ce vide est facteur de guérison, dans toute situation. Heidegger dit : "soyez ouverts à l'ouverture". Soyez ouverts à la non-conclusion.
Dans cette ouverture, la situation offre sa propre solution, et dans l'ouverture nous la recevons. Lorsque la solution apparaît, le mental intervient souvent, il entre en conflit avec elle et la remet en question.
L'offrande, l'amour sont-ils présent constamment même lorsque quelqu'un est extrêmement négatif ?
Comme vous êtes toujours réceptif, chaque chose apparaît comme un cadeau et vous oriente vers votre nature réelle. Ce n'est pas ce qui oriente qui est important mais l'attitude réceptive. Dans la réceptivité, tous les objets se déploient et sont transmués en amour.
Lorsque quelqu'un se montre négatif et que vous ne donnez pas prise à sa négativité, il se peut qu'il soit soudain ramenés à lui-même. C'est comme s'il avançait la
main pour saisir une poignée de porte dont il est sûr qu'elle est là et, ne la trouvant pas, devient tout à coup conscient de sa main vide. Dès lors la situation n'appartient plus à une image ;
elle appartient à l'observation elle-même
Pages 27-28
[...]
Vos voisins et vos amis ont des idées à votre sujet. Ne soyez pas dupes de ces idées, et n'ayez pas non plus d'idées à leurs sujet. N'emprisonnez pas les gens dans votre mémoire. Les circonstances ne se répètent jamais. La vie ne se répété jamais. C'est exclusivement le moi qui désire une sécurité connue, qui étiquette chaque être et chaque situation. Vivez dans cet environnement comme si c'était la première fois.
Soyez sans qualifications. Dans cette nudité, vous êtes beaux, et chaque moment est plein de vie.
Comment puis-je discerner si je suis impulsif ou spontané ?
Un comportement impulsif est une réaction. C'est un conditionnement. Lorsque vous ne vous prenez pas pour quelqu'un, vous êtes un être d'amour et il n'y a pas de réaction. ce que vous dites ou faites appartient à la situation elle-même et non à une idée. L'action spontanée est libre de la mémoire. Elle est parfaitement esthétique, belle et juste. Elle est fondamentalement éthique.
[...]
Une conduite immorale existe-t-elle ?
Lorsque vous vivez en tant que conscience, chaque moment apporte la moralité, qui découle de la beauté. Pour ceux qui vivent dans la beauté, la morale codifiée est immorale parce que ce qui peut-être moral dans la situation d'aujourd'hui peut très bien ne pas être appropriée à la situation de demain. la morale codifiée accepte la répétition.
[...]
Donc, lorsque nous donnons à nos enfants une moralité codifiée, comme nous leur donnerions des béquilles, ce doit être avec la ferme conviction qu'un jour ils seront capables d'agir intelligemment.
[...]
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[...]
Si vous vous prenez pour un parent et si vous prenez votre enfant pour un enfant, celui-ci peut se sentir emprisonné, bien qu'il puisse ne pas comprendre pourquoi il se sent ainsi. Il doit y avoir de l'amitié entre parents et enfants. Dans l'amitié, il n'y a ni père, ni mère, ni enfant. Il y a seulement l'amour.
[...]
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Nous avons parlé [...] de la colère lorsque c'est un état émotionnel, une réaction psychologique. La colère peut-elle être jamais libre de toute réaction ?
Oui il existe une colère divine, mais ce n'est pas vraiment de la colère. C'est une sorte d'activité qui n'est liée à aucune image de soi. C'est le surgissement de la Totalité dans un mouvement à la fonction juste. De l'extérieur, effectivement, cela peut s'apparenter à la colère, mais ce n'est pas de la colère. Cette attitude est totalement libre de toute réaction et ne laisse aucun résidu. A l'instant même où la situation disparaît, elle se dissout.
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Cette action impersonnelle peut-elle être impliquée dans le combat ?
A l'instant où l'environnement biologique de quelqu'un, c'est-à-dire le corps, la famille, la vache, l'abri est en danger, l'action spontanée surgit. Elle provient du désir de protéger, de la survie biologique qui est libre de tout point de vue fractionnel et de l'idée d'un moi à maintenir. l'action est donc totalement intégrée dans une vision globale et elle est forcément appropriée à l'instant. Elle ne survit pas à la situation mais se dissout dans la paix, dans la totalité dont elle est issue.
[...]
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Tous les moyens doivent être à notre disposition. Vous ne pouvez pas être enchaîné par des idéaux. Il peut y avoir des moments où inviter votre agresseur chez vous, et lui offrir un repas soit une action juste. Il n'y a pas de passivité, il y a seulement action, la non-action est aussi action.
[...]
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Aussi longtemps qu'il y a ego, il y a conflit. Aussi longtemps que vous pensez être une entité indépendante, il y a conflit, et il est inutile de tenter de mettre fin au conflit sur un plan social. Si vous n'êtes pas en harmonie avec vous-même, vous restez complice de la société.
Cette question de guerre et de paix est très importante. Lorsque vous parvenez à l'expérience existentielle d'être dans la globalité, il y a une réelle liberté et une sécurité absolue. Tant que vous n'avez pas intégré cette liberté, vous ne pouvez pas contribuer à amener une liberté sociale ou politique. La liberté ne peut jamais venir d'un système.
Mais nous avons besoin d'influencer les institutions. Comment pouvons-nous le faire ?
N'essayez pas d'influencer. à l'instant même où vous respirez, le monde entier est affecté par votre inhalation et votre exhalation. Donc lorsque vous vivez en paix, vous rayonnez de paix. Si quelqu'un vous demande de l'aide, aidez, bien sûr ; mais ne devenez pas un bienfaiteur professionnel.
[...] C'est beau de n'être vraiment rien, sans qualification. Tout cela apparaît, apparait en vous et vous agissez selon l'apparence, utilisant
votre capital intellectuel, physique, matériel, etc. Alors toute action est équilibrée. [...]
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Je ne dis pas que vous devez ignorer le monde, mais vous devez tout d'abord savoir comment faire face aux faits correctement, c'est-à-dire libre du point de vue personnel limité. Notre environnement nous apparaît en fonction de la position que nous adoptons.
Du point de vue du corps et des sens, le monde nous apparaît en tant que perception sensorielle. Du point de vue mental, il apparaît en tant que mental. Depuis la conscience, le monde n'est que conscience.
[...]
N'essayez pas de changer quoi que ce soit. Soyez seulement conscient que vos idées et vos actions sont issues du mental.
Dès que vous regarderez votre environnement à partir de la conscience, vous verrez les choses différemment, votre compréhension et vos actions seront différentes. Vous ne pourrez jamais changer le monde à partir d'un point de vue personnel. Vous pourrez seulement changer la société à partir de l'impersonnel, de la conscience.
La question surgit souvent : "Comment puis-je changer la société ?" il y a tant de choses avec lesquelles je suis en désaccord !"
Prenez conscience qu'il ne peut y avoir de transformations si l'action ne vient pas d'un point de vue totalement neuf. Dans le domaine personnel, vous restez complice de la société. L'action créative ne peut surgir que lorsque vous voyez votre environnement du point de vue de la conscience. Alors vous êtes réellement en relation avec la société, la situation, le monde. Sinon vous n'êtes qu'en relation avec vous-même, vos réactions et vos résistances.
Voyez que la société commence avec vous. Vous êtes votre environnement le plus proche, commencez donc avec vous-même.
Lorsque vous apprendrez à regarder votre environnement immédiat, vous saurez automatiquement comment regarder l'environnement général. Avec cette façon de regarder, il y a compréhension, et la compréhension amène l'action juste.
A l'instant où vous parviendrez à la compréhension vivante, vous n'aurez plus besoin de me demander à moi ou à quiconque, ce que vous devez faire.
[...]
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Mais nous avons sûrement besoin d'avoir des buts dans la vie ?
Lorsqu'il y a un moi, il y a un but. Lorsqu'il n'y a pas de sens d'un "je", il n'y a pas de but mais uniquement la beauté de vivre dans l'éternité.
Si vous croyez être le "je" individuel, vous êtes isolé de votre environnement, et cet isolement amène un sentiment d'insécurité, de crainte, et d'anxiété. Vous recherchez alors des buts. Vous vous faites du souci et vous anticipez. La vie n'a pas besoin de raisons d'être. C'est là sa beauté.
[...]
C'est seulement lorsque vous faites de la souffrance un objet de perception et que vous ne la projetez pas comme appartenant à autrui que vous vous en libérez, tout en libérant autrui.
[...]
Pages 41-42
[...]
Lorsqu'il y aura clarté et discernement, votre attention et votre énergie ne seront plus vécues et dispersées en images.
Qu'elle est la base d'une vie vraiment religieuse ?
Certainement pas de changer de style de vie ou d'adopter une nouvelle formule ou philosophie, mais de découvrir les ultimes limites de la pensée et du devenir. Lorsque le mental est épuisé, il parvient à sa tranquillité inhérente
Se connaître soi-même
(Pages 43 à 89)
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Être libre de l'idée d'être quelqu'un.. voilà l'illumination
[...]
Nous ne pouvons comprendre, aimer et accueillir autrui sans commencer par nous connaître et nous aimer nous-même. [...]
[Cela] implique simplement d'être face à face avec soi-même dans la journée, sans l'habituelle identification à un centre individuel de référence, l'image d'un moi, une personnalité, un propagateur de point de vue.
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Pour faire face à soi-même de façon scientifique nous devons accepter les faits tels qu'ils sont, sans accord, désaccord ou conclusions.
Ce n'est pas une acceptation mentale, d'idées, mais une acceptation totalement pratique, fonctionnelle. Cela demande simplement de la vigilance. L'attention doit être bipolarisée. Nous voyons la situation et, simultanément, nous voyons comment elle résonne en nous sous la forme de sentiments et de pensées. En d'autres termes les faits d'une situation doivent inclure nos propres réactions.
Nous restons à l'intérieur du processus scientifique libre de tout jugement, interprétation et évaluation, observant simplement, à différents moments de la journée, notre terrain psychologique, intellectuel et physique, et notre niveau de vitalité. Il n'y alors pas de motivations, pas d'interférences d'un "moi", pas de désir de changer, croître ou devenir.
L'acceptation fonctionnelle n'est pas morale. Il n'est pas besoin d'opter pour un nouveau mode de vie qui, inéluctablement, deviendrait un système comme tout autre. Lorsque l'attention est bipolaire, on observe au début le soi-disant monde extérieur mais l'accent est mis sur les mouvements intérieurs.
Ensuite, ces mouvements, les sympathies et antipathies, deviennent eux-même objet de l'exploration. De cette manière nous devenons plus intimes avec nous-mêmes, plus conscients de la façon dont nous fonctionnons d'instant en instant dans la vie de tous les jours. Lorsque nous sommes explorateurs, l'écoute réelle apparaît automatiquement et, dans cette écoute, il y a ouverture, réceptivité. l'exploration ne débouche jamais sur une fixation, sur un but à atteindre, elle demeure bénéfique, apportant vie et originalité à chaque instant.
De nombreuses thérapies nous conseillent de nous accepter nous-mêmes, mais cette acceptation psychologique, à travers diverses sortes d'analyses, se réfère toujours à un centre individuel. Tant que l'idée de individu demeure, on trouve une motivation cachée dans l'acceptation. Ce n'est pas une acceptation inconditionnelle, celle-ci est basée sur un idéal ou une comparaison et contient inévitablement un élément de résignation.
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La psychologie croit à l'existence de l'ego et sa tâche est de rendre l'ego plus confortable, plus fort et plus intégré. Que nous soyons à même d'organiser notre vie de manière plus satisfaisante est une chose, mais cela ne pourra jamais être un moyen de nous emmener au-delà du connu. De tels procédés font que nous restons intéressés par l'objet, quel que soit le degré de subtilité qu'il atteigne.
Dans l'acceptation fonctionnelle, l'accent n'est pas mis sur ce que l'on accepte mais sur l'acceptation, le fait même d'accepter.
Il n'y a rien à tenter d'ajouter ou d'ôter à la vie que vous menez. La vigilance seule suffit pour constater nos habitudes de pensée et comment celles-ci nous contractent. Lorsque nous voyons que presque toute notre existence n'est que répétition mécanique, nous quittons automatiquement ce schéma et rentrons dans l'observation.
Toute tentative de nous changer est fondée sur une interprétation, ce qui suppose l'existence d'un interprète ; mais lorsqu'il n'y a personne pour interpréter, aucun centre de référence habituel, l'accent se place tout naturellement sur l'action même de prendre note.
Il est important de réaliser que cette observation sans agent n'est pas une attitude ou un état. L'objet n'est pas intéressant. L'observation elle-même a sa propre saveur et nul besoin d'adjuvant. C'est la même ouverture, le même bienfait qui est notre être naturel.
Pour entrer en contact véritable avec soi-même, et donc avec le monde, toute interférence psychologique doit cesser. C'est l'observateur qui, projetant constamment le savoir acquis et les désirs, maintient l' observé en tant qu' objet, détruisant ainsi toute vraie communication, qui est amour.
Avec la disparition de l'habitude d'être quelqu'un faisant quelque chose, seule l'attention nue demeure et, à sa lumière, le fonctionnement de la projection se montre clairement. Le mental retrouve alors sa sensibilité et sa flexibilité naturelles, et, simultanément, nous nous sentons libres par rapport à notre environnement.
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Dans l'exploration ouverte, où vous vous acceptez scientifiquement, le jour viendra où vous vous sentirez totalement autonome et satisfait, sans qualification.
[Quelle est la différence entre] l'acceptation "psychologique" et "l'acceptation fonctionnelle"
?
Dans l'acceptation psychologique, il y a encore quelqu'un qui accepte. Il y a un point de vue, un choix, ou une motivation et un but. Donc, il y a encore complicité, un intérêt dans ce que vous acceptez, soi-disant.
Cet intérêt vous lie à l'objet : la colère, l'anxiété, la jalousie, le démon, le héros, la déesse...et vous restez fonctionnellement passif à son égard. Vous vous y soumettez. Vous dites "je suis ceci" et vous tentez de l'accueillir. L'acceptation psychologique est une forme subtile de sacrifice.
L'acceptation fonctionnelle est une position totalement non affective, parce que dès le départ, elle est libre de tout ego, c'est-à-dire libre de toute interférence mentale. Elle est essentiellement active, j'entends par là qu'il y a une totale vigilance dans l'acte de prendre note, aucune soumission à l'objet mais juste un accueil de de celui-ci en dehors de toute analyse. En d'autres termes, vous quittez directement le processus du devenir pour entrer dans l'ouverture elle-même.
Cette ouverture est-elle un aspect du sujet ?
En termes pédagogiques, l'accent se déplace de l'objet vers le soi-disant sujet, le percipient (N.d.T. page 18 : en anglais percipient : le sujet qui perçoit) lui-même. Cependant, le grand danger reste de mettre l'accent sur le sujet, d'en faire un objet, substantiel en quelque sorte. Dans ces conditions, vous endossez une attitude et vous vous trouvez de nouveau dans le devenir. L'acceptation réelle est ouverture libre de toute objectivation.
[...]
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Si je ne porte pas attention aux aspects de l'ego, n'y a-t-il pas danger de les réprimer ?
L'observation n'est pas dirigée vers l'objet : l'objet apparaît dans l'observation. Lorsque vous laissez les divers aspects du corps-mental apparaître dans votre attention multidimensionnelle, ils s'élèvent comme la brume de la vallée, et sont brûlés à la chaleur du soleil. Il ne reste rien à réprimer, et il n'y a personne à réprimer. C'est une façon tout à fait nouvelle de vivre. Lorsque vous vivez dans l'ouverture, tout apparaît et disparaît en elle.
Vous avez dit que ce n'est pas l'objet de l'exploration qui est attrayant mais la nature de l'exploration elle-même. Parfois, j'ai des moments de tristesse parce que j'explore depuis vingt ans sans être parvenu à la conviction absolue qu'il n'y a rien à explorer.
Vous devez explorer aussi longtemps que vous avez besoin d'explorer. Mais une fois que vous commencez à mettre l'accent sur l'objet de l'exploration, l'anecdotique, il se peut que vous n'en voyiez jamais la fin. Le monde est d'une variété infinie, et il y a le danger que vous soyez de plus en plus pris par l'objet. Maya peut-être très subtile et trompeuse, elle peut vous attirer dans des états et des intuitions merveilleux, mais tout en demeurant dans un monde de dualité, où vous ne parviendrez pas à réaliser la nature réelle de l'existence.
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Donc si vous explorez ce que vous êtes sans l'arrière-plan immédiat de ce que vous êtes, vous vous engagez sur une voie qui peut prendre plus d'années que vous n'en aurez dans toute votre vie. Mais si l'accent est mis sur l'ouverture même, l'objet devient transparent et sa transparence se réfère directement à votre ouverture non subjective. Vous comprendrez très vite que c'est cela la nature véritable de l'objet, de toute existence ; et vous vous trouverez dans cet accueil et non plus dans un soi-disant objet concret.
Il n'y a nul besoin que vous connaissiez les détails afférant à l'égo mais seulement sa nature. Si vous mordez dans un fruit pourri, vous vous rendez compte immédiatement qu'il est mauvais et vous n'avez pas besoin de le manger en entier pour en être sûr. Rien de neuf ne peut s'apprendre en fouillant le connu. Les Pères du Désert disaient : "Connais-toi toi-même, et oublie-toi"
Comment, à partir de la globalité, puis-je accueillir directement sans connaître tout d'abord ce que c'est ?
Dès que votre mental n'interfère plus, vous êtes libre. Il n'est pas nécessaire de penser à l'ego. Dans l'accueil, vous êtes déjà dans la globalité. Acceptez de connaître cela de seconde main, et attelez-vous à le prouver vous-même.
L'accepter de seconde main revient à avoir la foi n'est-ce pas ?
Oui, mais vous devez découvrir ce qu'est la foi. La foi n'est pas une croyance. En acceptant d'être conscience, vous vous ouvrez à une autre dimension. Il est important de placer sa foi dans la vérité. Lorsque ce que vous acceptez sera essentiel, vous serez amené à la preuve vivante. La foi doit être informée et non aveugle. La foi n'est pas au-delà de vos possibilités de connaissance, c'est savoir faire face aux faits en abandonnant tout désir et volition.Cela n'a rien à voir avec la dépendance, mais vous amène à une autonomie de plus en plus grande.
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Si l'ego n'est pas réel, c'est-à-dire autonome et continu, qu'est-ce qui alors fonctionne dans la vie quotidienne ?
L'ego n'a pas de caractère concret, ni substance, ni continuité. Ce n'est qu'une collection de pensées maintenues ensemble par la mémoire. La personne n'apparaît que lorsque vous y pensez.
Quand le corps se réveille le matin, la conscience est déjà là. Il se peut que vous ne l'ayez pas remarqué, mais c'est ainsi. Cette conscience n'est ni un sujet, ni une pensée, ni une sensation. Elle ne peut se concrétiser. Quelques instants après ce réveil, l'habitude associe la conscience avec un corps et une personnalité. Alors vous dites : "Je suis ceci, je suis cela".
Nous pouvons nommer cette conscience sans objet l'ultime sujet ou le "Je" inconditionnel. Ce "Je" inconditionnel est la vigilance qui accueille tous les parasites de ceci et de cela. La pensée d'être une certaine personne limite l'intelligence inhérente du corps et du mental.
Lorsque vous êtes tout simplement vigilant et dissocié de vos habitudes de croyance en une personnalité, alors toutes vos capacités peuvent entrer en jeu quand elles sont stimulées par une situation. Il y a seulement action, aucun acteur n'agit. Vous fonctionnez de manière bien plus imaginative, large et efficace, avec toute votre intelligence et tous vos talents.
Quelle est l'origine de l'ego ?
L'ego, la conscience de soi en tant qu' individu n'est qu'un concept parmi d'autres. Il a été créé par les parents, l'éducation et la société. Il se cristallise sous forme de complexes, de données, et d'expériences. On ne peut pas dire qu'il y ait un ego qu'on puisse décrire.
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Il y a un, deux, trois, mille "moi" plutôt. Vous pouvez avoir une collection de caractéristiques différentes de celles de votre voisin, mais cette série de traits n'est pas vous. Chaque "moi" correspond à une situation nouvelle, mais, comme la mémoire retient le "moi" longtemps après que la situation est passée, les divers ego se trouvent bien souvent en conflit dans cette collection que nous nommons personnalité. On ne peut circonscrire l'agrégat des "moi" mémorisés. Quand vous constaterez que ce n'est qu'un objet, perceptible comme tous les autres, vous découvrirez que celui-ci n'est pas une constante. L'idée d'un ego qui occuperait un centre psychique est une hypothèse. Enlevez toutes les caractéristiques, tout ce que vous croyez être, tout ce qui est phénoménal...que reste-t-il ? Rien. Simplement l'être, la tranquillité, la présence. Pourquoi alors passer une vie entière à explorer le domaine de l'ego illusoire et de ses projections ? Pourquoi ne pas aller directement à ce que vous êtes ?
[Archétypes...]
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[Différence entre rêves et songes]
[...] [Les songes] peuvent être des éléments appartenant à la composition de la totalité que, plus tard, dans l'état de veille, vous appelez le futur. [??? question
: ce qu'est en réalité le temps ?]
[Interprétation des rêves] : "Il est très dangereux d'interpréter ces rêves par l'intermédiaire de l'état de veille. Il est plus intéressant d'observer comment vous vous sentez au réveil et de vivre avec l'écho du rêve sans en objectiver les éléments."[...]
[Que devient] la personnalité [...] lorsqu'on est plus identifié à la personne ?
Lorsque vous êtes libre de l'image de soi, il n'y a plus que vigilance, tranquillité libre de toute agitation, écoute d'instant en instant. Alors où y aurait-il une place pour une image, un sujet ou un objet, quelqu'un qui saurait quelque chose ? Dans cette ouverture, la fonction se situe dans notre conscience, mais "vous" n'êtes pas dans la fonction.
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Mais dans ce corps qui continue à fonctionner, n'y-a-t-il plus de préférences ?
Le corps se prend lui-même en charge, il n'a pas besoin de contrôleur. Ce que vous nommez "la personnalité" est une accumulation inflexible d'images émotives. La personnalité réelle apparaît dans votre tranquillité uniquement quand vous en avez besoin, elle disparaît lorsque la situation ne la sollicite plus. Elle est flexible, sans périphérie, elle est multidimensionnelle, libre d'interférences psychologiques. Lorsque vous êtes appelé à être une mère, un père, un amant, un enseignant, un étudiant, un combattant...vous êtes cela temporairement, mais ces rôles ne subsistent pas comme des états auxquels vous vous identifiez. Alors, il y a l'amour, l'affection sans affectivité. Il est très intéressant, et très beau de vivre avec votre environnement sans qu'il y ait répétition. L'homme, la femme ou l'enfant avec qui vous vivez est toujours neuf parce que vous êtes toujours neuf. Et parce qu'il n'y a pas projection d'images sur votre compagnon, il se sent libre dans votre liberté.
Vous avez mentionné plus haut les capacités qui entrent en jeu lorsque l'ego, la personne est absente. Ces capacités sont-elles innées ou acquises et, sinon d'où viennent-elles ?
La personnalité réelle n'est pas personnelle. Cette transpersonnalité, si l'on peut l'appeler ainsi, utilise une intelligence et une sensibilité qui sont universelles. La génétique et l'apprentissage forment une très petite partie de nos pleines capacités. L'action adéquate appartient à la situation du moment. La transpersonnalité, elle, est ouverte à la toute-possibilité.
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[...] A partir du moment où vous vous prenez pour un individu distinct, vous ne pouvez vous trouver qu'en relation avec des objets, avec le perçu. L'ego a besoin de situations pour survivre et quand il ne se produit pas d'événements celui-ci, ressentant son insécurité, lutte pour en créer. C'est pourquoi vous ne pouvez pas vivre les moments de tranquillité entre les pensées et les activités ; vous vivez dans la survie psychologique. Parvenez donc à vous connaître tel que vous êtes avant que votre corps ne se réveille. Parvenez à vous connaître tel que vous êtes avant votre naissance.
Comment puis-je me libérer de cette sensation, de la limitation d'être une entité individuelle ?
Tout d'abord, accueillez tout ce que vous pensez être. Lorsque vous accueillez pleinement tout ce que vous considérez comme étant vous-même, vous vous trouvez soudain dans l'ouverture, et vous voyez que cela- et non vos hypothèses au sujet de votre caractère, etc. - est votre véritable nature.
Dans l'ouverture, vous êtes conscient de tout ce que vous pensez, tout ce qui apparait n'est pas vous.
Lorsque vous accueillez le corps, les sensations et le mental, et constatez qu'ils sont uniquement des objets de votre perception apparaissant en vous, vous
découvrez une nouvelle dimension derrière vos croyances. Vous serez absorbé par cette dimension nouvelle et vous verrez que ce que vous croyez être n'est qu'une expression de ce que vous êtes.
Alors, vous vivrez totalement intégré, sciemment dans votre totalité.
Cette prise de conscience de ce que vous n'êtes pas est une maturation organique, mais elle peut avoir lieu en un instant. Il y a en cela une grande beauté.
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"Maturation organique ?"
[...] La maturation n'est pas liée au temps dans le sens de devenir. Elle peut avoir lieu dans le temps nécessaire à la formation d'une pensée. Lorsque vous connaissez tout ce que vous n'êtes pas, ce que vous êtes apparaît spontanément et ce n'est pas une pensée.
Quelle est l'importance de la maturation organique ?
Il arrive parfois que votre être naturel apparaisse mais vous en faites un état, vous l'objectivez. Lors de cette apparition vous êtes un, votre corps, vos sensations et votre mental sont percutés dans chaque recoin. Lorsque vous êtes mûr, que vous détenez une compréhension intellectuelle et êtes donc ouvert à l'inconnu, à l'étonnement, votre émerveillement se fond dans l'être sans cause. Sinon vous pouvez être pris par la nouveauté et rester lié à l'objet. La vie est un laboratoire. Vivez de plus en plus intimement avec vous-même. L'écoute est amour. Lorsque vous entretenez cet accueil, il vous attire à lui et l'accent n'est plus mis sur la sensation mais sur l'accueil lui-même.
Comment puis-je entretenir cet accueil sans me concentrer sur lui jusqu'à un certain point ?
Entretenir sans concentration arrive spontanément quand il n'y a pas d'intermédiaire, personne qui entretienne. En l'absence d'un directeur intéressé par l'objet, l'accent revient sur le regard, l'accueil lui-même, et l'objet est libéré. En d'autres termes, au moment de prendre note il n'y a que prendre note et rien à noter. En fait, l'objet n'est qu' énergie fixée et la libération de l'énergie se produit soudainement, de façon inattendue. Dans cet abandon, toute l'énergie est réorchestrée et ramenée à son état originel de mouvement sans direction.
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Vous dites que la libération de l'objet se produit de façon inattendue. Pouvez-vous en parler davantage ?
Il existe plusieurs couches dans ce que l'on appelle habituellement un sentiment ou une sensation. Étant donné qu'un regard sans conclusion est entretenu, la sensation peut se déployer et les couches les plus profondes, libérées de tension, remontent à la surface. Ce déploiement ne peut-être produit volontairement. C'est l'accueil qui en est l'aimant. Il s'effectue lorsque vous écoutez de plus en plus l'accueil et de moins en moins la sensation, l'objet. Finalement, vous ressentez un transfert soudain où les résidus de l'accent mis sur l'objet s'évanouissent dans le regard, la vigilance, l'ouverture. C'est une sorte d'implosion où le soi-disant objet est absorbé dans la conscience.
Quelle est l'origine de l'ignorance de notre nature réelle ?
Simplement l'oubli. Lorsqu'un enfant se trouve dans dans un magasin au moment de Noël, il est si totalement absorbé par les jouets qu'il en oublie sa mère, mais vient un temps, où il s'en souvient de nouveau. Le monde objectif est très attractif ; tant que vous n'êtes pas intéressé par la réalité, elle se cache derrière le nom et la forme. Lorsque vous enlevez le nom et la forme, que reste-t-il ? Les Upanishads disent que le divin est timide comme la gazelle- et bien sûr, "le Tao qui peut-être nommé n'est pas le Tao."
Pourquoi est-il si difficile de réaliser notre être intérieur ?
Il n'y a rien à réaliser. Lorsque vous pensez à réaliser, vous projetez la non-réalisation. Quand vous dites difficile, vous projetez son contraire, facile. Il n'y a ni destination, ni intériorisation.
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C'est parce que vous voyez les pensées, les sentiments et les sensations comme étant en vous que vous vous identifiez à eux.
Vous devez aboutir à la compréhension que le corps est un objet d'observation exactement comme l'est un arbre. Alors, il n'y a a plus ni intérieur ni extérieur. Tout cela n'est que concept. Soyez simplement ouvert à toute perception. Les choses apparaissent dans cette ouverture, pointent vers cette ouverture, et s'évanouissent dans l'ouverture. Il n'y a ni préhension ni identification, mais seulement événement. Tout ce qui apparait désigne votre nature réelle.
La pensée et le langage sont dualistes, c'est exact, mais vous devez apprendre à les utiliser correctement, alors ils vous apporteront la clarté.
Pourquoi nous identifions-nous constamment aux concepts ?
Enlevez le pourquoi. Le pourquoi est une fuite. Voyez le schéma. Le pourquoi n'apporte aucune solution. Des questions comme : "Pourquoi le monde existe-t-il ? Pourquoi existé-je ?" ne peuvent jamais trouver de réponse. Lorsque le pourquoi disparait, vous sortez du cercle de la mémoire.
En vivant avec votre question, vous êtes sans attente. Cette vie-là est multidimensionnelle. C'est une écoute sans but, simplement. Dans cette observation sans motif, la question se déploie, et vous vous trouvez alors dans une nouvelle dimension.
Pourquoi est-ce que je résiste à la liberté ?
Qui résiste ? Regardez le mécanisme. Tant que vous vivrez dans la structure sympathie-antipathie, souffrance-plaisir, vous trouverez de la résistance.
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L'ultime satisfaction nait lorsque le percipient [Le sujet qui perçoit] perd toute volition. Quand l'attention abandonne sa qualité préhensive, volitive, le perçu est libéré et se dissout dans le percipient.
Mais le percipient doit auparavant être libre de toute volonté, afin que le perçu soit libéré.
Dans la tradition cachemirienne, le percipient est Shiva, et le perçu est Parvati, ou Shakta et Shakti. Si Shakta contient encore des résidus de volonté et Shakti n'est pas encore libérée, vous traversez ce moment, qui peut-être comparé à la "sombre nuit de l'âme" de Saint Jean de la Croix, où l'objet ne vous intéresse plus mais n'est pas encore totalement déployé. L'énergie ne circule pas encore librement. C'est une période terrible où la volition a perdu son dynamisme, où le monde a perdu son charme. L'énergie n'est pas pleinement intégrée. Il est important de voir que la résistance n'est qu'une idée. L'image d'être quelqu'un est très profondément enracinée. C'est l'image qui refuse.
Qu'est-ce qui pousse à chercher ?
Le désir de vous trouver. Votre vraie nature vous attire sans même que vous le sachiez.
D'où vient l'ardeur qui nous pousse à cette recherche de soi ?
Lorsque vous voyez clairement vos mécanismes, l'énergie libérée jaillit, ce qui vous amène à voir les choses encore plus clairement et à vivre cette clarté.
Viendra un moment où vous sentirez que toutes les directions que vous avez prises dans votre recherche de la liberté, de la paix et du bonheur vous ont déçu ; alors le dynamisme de l'effort arrivera à un arrêt, et il se produira le pressentiment de votre vraie nature. le pressentiment vient directement de ce qui est pressenti. Avec ce pressentiment, vous serez spontanément orienté. Toute l'énergie dépensée auparavant à chercher au-dehors dans différentes directions sera réorchestrée. Bien sûr, cela demande une certaine maturité, mais une enquête faite avec le plus profond intérêt vous amène à cette maturité. Elle se manifeste lorsque vous interrogez la vie et que vous vivez avec la question, sans interprétation ni conclusions. A un moment donné, la question se dissout dans la réponse, d'où elle provient. Dans la question se trouve le pressentiment de la réponse.
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en cours de saisie (6/11/2010)