Mental, ego, instant présent - Guy Mokuho Mercier (3)
«Mental, ego, instant présent»
Doigts d’or
15 au 23 février 2003
Temple zen de la Gendronnière
Guy Mokuho Mercier
16 février, zazen de 7 h 00 [3]
Dans ses enseignements, le Bouddha a très rarement parlé de ce qu’est l’éveil, l’illumination, nous laissant libre de le découvrir par nous-mêmes.
Cependant, voici une des rares définitions qu’il en donne : «L’illumination est l’état où l’on demeure dans la compréhension de l’apparition et la disparition des choses.»
Observez cette voix qui apparaît et disparaît dans l’esprit et qu’en général nous croyons être nous. Observez-la ainsi que les pensées qu’elle exprime. Objectivement. Quand elle apparaît et s’exprime et que nous l’écoutons, nous nous absentons de notre posture, nous créons un écran de pensées, d’images entre nous et notre propre présence. Il y a division.
Observez cette voix qui nous sépare de notre nature profonde, de notre être, du silence.
Observez-la pendant zazen, pendant samu, pendant les ateliers. Pendant que le pinceau glisse sur le papier, pendant que le crayon dessine, entre deux petits points de késa, en arrangeant les fleurs, en coupant les légumes, en mangeant, aux toilettes, cette voix est toujours là. Chacun lui donne son énergie, toute la vie durant, l’alimente de ses désirs, lui obéit, la couvre d’attentions. C’est un véritable esclavage.
Observez, mais ne jugez pas.
Sous l’arbre de la Bodhi, Gautama, le futur Bouddha, lui aussi entend cette voix. Il s’agit de la voix de Mara, le souverain des désirs dont le nom signifie aussi «la mort».
Mara dit au Bouddha :
«Gautama, à quoi te sert de rester ainsi immobile à ne rien faire alors que la vie est à toi ? Tu es jeune, tu es beau, tu es riche ! Alors profite de toutes les choses de la vie ; la vie, c’est vivre. Arrête de te forcer dans ces ascèses inutiles et de penser que tu vas obtenir, par ton immobilité, une libération quelconque.»
Mara est le mental, la voix s’exprimant dans notre esprit, voix omniprésente. Mara fait naître les pensées à partir des souvenirs. Mara utilise notre énergie pour développer les illusions. Mara est notre égo possessif, notre moi illusoire, notre personnalité fictive. Mara sait bien que Gautama est en train de mettre en péril sa souveraineté sur les êtres. Il le sent à l’absence de réponse de Gautama, à sa détermination et à sa tranquillité.
Gautama ne bouge pas. Il connaît Mara et a compris que ce que celui-ci propose à l’homme est, d’une part, éphémère et illusoire, et d’autre part, inconscient et ignorant des conséquences des actes ainsi générés, raison pour laquelle apparaît la souffrance. Gautama observe, attentivement, sans répondre, sans même juger. Tout jugement signifie que Mara a repris le contrôle et qu’il est revenu par la porte de derrière.
Lorsque Mara n’est pas nourri par nos pensées, par nos désirs, par notre attention, l’identification entre nous et lui cesse. Alors, la voix dans notre esprit se tait et il ne reste que «l’état où l’on demeure dans la compréhension de l’apparition et de la disparition des choses.»
Cela veut dire être présent. C’est l’éveil.
Source : http://www.tenborin.org/kusen/mentalego.pdf