Mental, ego, instant présent - Guy Mokuho Mercier (1)
«Mental, ego, instant présent»
Doigts d’or
15 au 23 février 2003
Temple zen de la Gendronnière
Guy Mokuho Mercier
[1] 15 février, zazen 7 h 00
Chacun de nous, même pendant zazen, entend continuellement dans son esprit une ou même plusieurs voix parlant avec des mots, s’exprimant avec des images, jugeant, comparant, regrettant, faisant des plans.
Les préoccupations de cette voix se situent presque toujours dans le futur ou dans le passé.
Vous pouvez l’observer pendant la méditation lorsque vous réalisez que le processus des pensées vous avait complètement absorbé. Prendre conscience de cela est déjà s’éveiller.
Observez comment cette voix ordonne, punit, juge, construit des scénarios, prend toute la place et organise votre vie.
Vous pensez que cette voix, c’est vous. Chacun le «pense» et le croit.
Pour la plupart des êtres humains il y a une totale identification entre eux-mêmes et cette voix. Cette voix peut être désignée par le mot «mental», c’est à dire l’activité mentale des pensées qui utilise les mots et le langage pour apparaître. C’est dans ce «mental» que se trouve la racine de ce qu’on appelle «l’ego». On peut même dire que le mental et l’égo sont une seule et même chose.
L’ego, image, et rien qu’image, de ce que nous pensons être et construisons tout au long de la vie, n’existe que par rapport à des mots, des idées, des concepts, des croyances, des représentations passées et un devenir hypothétique et imaginaire.
En bref et en langage bouddhique, l’égo est l’illusion résultante d’un conditionnement dont le mode de fonctionnement s’appelle la «coproduction conditionnée» (en japonais les douze in-nen), l’enchaînement des causes et conditions. Cela s’appelle aussi le «Samsâra», errance perpétuelle, dans lequel les êtres, identifiés à cette illusion de l’ego, demeurent dans l’insatisfaction («Dukkha») et la souffrance.
L’égo, par le fait de l’ignorance, est l’illusion qui nous voile la vision claire de la Réalité, de même que, dans l’obscurité, l’image inexistante d’un serpent se superpose ou se substitue à la corde.
Dès que l’attention ramène la conscience sur l’instant présent, sur la posture pendant zazen, cette voix perd son pouvoir de fascination, elle se tait et l’on cesse naturellement de s’identifier à elle.
L’égo n’aime pas l’instant présent. Il réactive sans cesse le passé et se projette continuellement dans le futur pour faire exister l’illusion. C’est pour cela qu’il créé les rêves, qu’il fait de vous, selon les circonstances, un héros ou une victime.
Observez comment fonctionne cette voix, cet ego, pendant zazen.
Observez le jeu de la pensée.
L’égo est limité par les mots. Quelques mille à deux mille mots. Quelque fois un peu plus. Cet égo peut-il être Vous ?
Observez comment se répètent les situations où apparaissent les mêmes peurs, les mêmes obsessions, les mêmes réactions. Soyez le témoin, la présence à laquelle rien n’échappe et qui ne s’identifie ni aux images ni aux mots.
Dès que les mots apparaissent, le mental s’agite, l’égo s’en saisit, et vous disparaissez de votre propre présence. Dès que le mental se tait, vous retrouvez votre état de pureté naturel.
Source : http://www.tenborin.org/kusen/mentalego.pdf