L'effort joyeux - Françis Lucille - Revue 3ème millénaire
Source : extrait de la Revue 3ème millénaire n°74, 4ème trimestre 2004, "Effort ou lâcher-prise ?" page 35, "L'effort joyeux", entretien avec Françis Lucille.
3ème millénaire : L'expression "travail sur soi" est devenue la formule consacrée de beaucoup de chercheurs, de psychologues, de psychothérapeutes ou de maîtres spirituels, même si le fond du "travail" reste souvent indécis entre les notions "d'effort" et de "lâcher-prise" ?
Françis Lucille : Je n'aime pas ce terme de "travail", mais je préfère celui d'"effort". Pour moi le mot "travail" évoque une forme de souffrance, alors que celui "d'effort" est plus neutre... je parlerai alors d' "effort joyeux". Celui qui, par exemple, aime jouer au tennis fournit un grand effort pour le corps mais comme il aime le tennis, son effort esr joyeux...
Je n'envisage le chemin qui mène à la joie que sous la forme d'efforts joyeux.
Comment la misère pourrait-elle conduire à la joie ? Le cheminement est différent selon que l'on croit encore être une entité séparée ou non. Tant que l'on croit être une entité séparée, il y a un but et un chemin qui mène à ce but : il y a donc effort.
Que cet effort soit joyeux !... et il le sera, car au fond, ce qui nous guide dans le chemin c'est une perception voilée de la vérité. La vérité n'est pas à la fin du chemin, elle est déjà au cours du chemin.
3ème millénaire : Une personne qui pense travailler sur elle-même, en se disant : "c'est très dur, j'ai du mal à en sortir..." n'a, en fin de compte, malheureusement pas découvert le moyen de ce réel effort joyeux.
Françis Lucille : A moins qu'elle ne soit déjà dans l'effort joyeux sans le savoir, sans l'avoir déjà réalisé. Si ce chercheur est sincère, authentique, il ne peut-être que dans l'effort joyeux, et s'il fait le choix de méditer, de lire, ou de réfléchir sur la vérité, ce choix vient de la joie même. Il y trouve déjà son compte, sans qu'il le sache au niveau du mental ou de la pensée : plus tard il découvrira que tout le cheminement n'était que joie.
3ème millénaire : Mais par quel effort joyeux, le chercheur peut-il commencer sa quête ?
Françis Lucille : Il faut qu'il suive sa joie ; il ne faut pas qu'il agisse par devoir mais plutôt par plaisir. Quand je me penche sur mon histoire passée de chercheur spirituel, je me rends compte que n'ont été efficaces que mes lectures ou mes rencontres, ou mes méditations, qui allaient dans le sens de cette joie. Si j'ouvrais un livre de spiritualité, il fallait, avant de l'ouvrir, que s'éveille le désir de sentir le fait d'avoir du bon temps, de préférer lire plutôt que de regarder la télé ou de jouer au tennis...A d'autres moments, il valait mieux regarder la télé ou de jouer au tennis, en attendant que l'inspiration me vienne d'ouvrir un livre. Les deux éléments les plus spirituels sont le bonheur et la liberté, il faut se l'accorder à nous-mêmes, déjà dans notre recherche.
3ème millénaire : Dans le cas du chercheur qu cherche sans cette joie, mais dans la souffrance, quelle issue a-t-il ?
Françis Lucille : Celui dont la recherche ne vient pas de la joie, n'est pas encore un vrai chercheur. L'initiation du chercheur de vérité a été par définition, un éclair de joie sans objet, et c'est cet éclair qui le porte dans sa recherche, jusqu'à ce qu'il soit établi dans cette joie sans objet. Et pour lui il est important de se débarrasser de l'effort répétitif afin de ne garder que l'effort joyeux et créatif. Mais l'effort inspiré n'est pas un effort !
C'est l'effort de notre totalité.
Source : extrait de la Revue 3ème millénaire n°74, 4ème trimestre 2004 : "Effort ou lâcher-prise ?" page 35, "L'effort joyeux", entretien avec Françis Lucille.