L' involonté - Michel Larroque

Publié le par Tout est bien

 graceArticle du site Intinérances spirituelles

 

 

"Un très grand merci à Michel Larroque qui a eu l’amabilité de nous rédiger ce bel article qui résume son tout aussi beau livre insuffisamment connu : « Volonté et Involonté dans la pensée occidentale et orientale ».


Involonté est un terme forgé par une mystique du XVIIe siècle, Jeanne Guyon.

Il ne désigne pas une simple défaillance du vouloir mais un mode positif de comportement qui se définit par des traits antinomiques de la volonté.

 

La volonté consiste à se déterminer par des raisons.

 Un acte volontaire a été préalablement justifié, puis choisi à cause de la légitimité qui lui est reconnue : un ouvrier effectue chaque geste en se soumettant aux critères techniques du métier, l’agent moral accomplit l’acte par ce qu’il l’a, préalablement, jugé bon.

L’araignée, au contraire, ne se pose pas de questions sur la pertinence des moyens et la valeur du but de la construction de sa toile.

 

L’involonté retrouve cette spontanéité de l’instinct ; elle ignore réflexion, délibération et choix.

 

La volonté enveloppe un vécu temporel spécifique : dans l’acte volontaire on situe l’action dans un ordre du temps.

Ainsi l’architecte, comme l’a souligné Marx « à la différence de l’abeille la plus experte porte d’abord la maison dans sa tête » : la toiture d’une maison sera construite après les murs, ceux-ci après les fondations etc. La prévision ordonnée des étapes à franchir s’articule au souvenir des étapes passées.

 

À l’opposé, l’agent « involontaire » coïncide avec la mouvance de la durée sans prendre à son égard un recul pour s’en donner une représentation objective : il ne pense pas le temps et ne se pense pas dans le temps.


L’expérience de l’effort est l’acmé de la volonté : en luttant contre la nature l’agent éprouve dramatiquement son autonomie.

L’involonté, au contraire, est abandon ; elle ignore l’effort et son premier fruit, l’affirmation du moi séparé.

 

Une catégorie psychiatrique illustre, caricaturalement, le comportement involontaire : les hystériques décrits par Pierre Janet, incapables d’accomplir consciemment les tâches les plus simples parviennent à réaliser des prouesses à condition d’abolir la réflexion et la conscience de l’acte. Ils croient, alors, qu’un autre agit en eux, pour eux, sans eux.

 

Mais l’involonté, loin d’être l’apanage de la maladie mentale a pu constituer un idéal de vie et un gage d’efficacité.

 

C’est ainsi que le taoïsme, à l’opposé de la tradition occidentale, définit la vertu comme abandon à la nature.

Le Tao, son principe, constitue la racine de notre être, mais il est occulté par les artifices intellectuels, produits de la civilisation. Il faut donc défricher notre âme pour retrouver cette source vivante. Alors une spontanéité souple, suprêmement efficace, prendra le relais d’une volonté rigide, asservie à l’intellect, s’efforçant illusoirement de maîtriser l’avenir par la prévision et l’application de règles.


Dans une perspective identique, le zen recommande l’abolition de la réflexion, de la prévision, de l’effort.

L’escrimeur doit oublier l’enjeu du combat et lui-même, lâcher prise pour s’en remettre à un « quelque chose » qui manie l’épée à sa place ; c’est ce « quelque chose » qui tire pour l’archer, qui dirige le pinceau du peintre Sumiye. Le zen, à l’instar du taoïsme, définit l’accomplissement spirituel comme une spontanéité supérieure.

 

Le sage ignore le passé, ne se projette pas dans l’avenir ; il vit « ici et maintenant », détaché de l’ego, identifié au monde.


Cependant, l’involonté n’est pas le privilège de l’Orient. Le quiétisme chrétien récuse également l’effort.

Madame Guyon lui attribue ses premiers échecs dans la voie spirituelle : « Je voulais avoir par effort ce que je ne pouvais acquérir qu’en cessant tout effort ». Sa recommandation, « laisser tomber » correspond au « lâcher prise » du zen. L’abandon est, pour elle, la condition nécessaire de la rencontre avec Dieu.

Les quiétistes dénoncent aussi la réflexion : « l’oraison n’est point encore parfaite quand le solitaire connaît qu’il fait oraison ». Molinos considère comme une grâce de Dieu l’impuissance à réfléchir.

L’activité mystique est une spontanéité intuitive qui trouve la solution avant de l’avoir cherchée. « Une science innée ou plutôt une innocence acquise lui suggère ainsi du premier coup la démarche utile, le mot sans réplique » écrit Bergson. C’est ainsi que Mme Guyon rédige avec impétuosité, en un jour et demi, sans plan ni recherche, un commentaire du cantique des cantiques.

Mais la mémoire ne garde aucun souvenir de cette activité spontanée. Lorsque Bossuet l’interroge sur le contenu de son livre, elle est incapable de répondre car elle ne le connaît pas.

 

Les quiétistes condamnent aussi le souci de maîtriser l’avenir. Il faut, selon eux, « laisser le passé dans l’oubli, l’avenir à la providence et donner le présent à Dieu ; nous contenter du moment actuel, qui nous apporte avec soi l’ordre éternel de Dieu sur nous ».


Dans l’activité mystique la conscience de l’individualité séparée est abolie au profit d’une puissance infiniment supérieure où elle se perd : de même que le bois finit par s’identifier au feu qui le brûle « l’âme déiforme n’est plus que le lieu anonyme de l’opération divine ». Toutefois, dans la mystique chrétienne, le « quelque chose » du zen est éprouvé comme quelqu’un.

 

Ainsi, il y a entre le taoïsme, le bouddhisme zen et le quiétisme chrétien de nombreuses analogies. Elles attestent une identité d’expérience : l’involonté est une structure mentale indépendante des contextes culturels où elle s’est historiquement investie.


D’une certaine manière, l’involonté retrouve l’innocence réflexive de l’enfant ou de l’instinct animal. Cependant, pour ceux qui ont vécu cette expérience, elle n’est pas simple régression à un stade inférieur mais promotion spirituelle.

 

C’est pourquoi, le plus souvent, la mise en œuvre, parfois héroïque, des moyens de la volonté est la condition nécessaire de l’accès à l’involonté. Dans les dojos japonais, même inspirés par le zen, l’entraînement pour acquérir la maîtrise de l’arc ou de l’épée est des plus rigoureux. Fénelon recommande « de lutter jusqu’au sang » contre la concupiscence qui pourrait faire obstacle à l’action divine.

 

Mais cette condition nécessaire n’est pas une condition suffisante : l’effort prépare l’essor mais il ne lui appartient pas de le produire. Qu’il s’agisse d’accomplissement gestuel, intellectuel, ou spirituel, l’involonté est toujours une grâce.

 

Michel Larroque


Lire aussi sur ce site « La vie sans effort », dans la rubrique « Au fil de nos lectures »

Bibliographie sommaire
J. R. Armogathe : Le quiétisme, Que sais-je ? PUF.
Pierre Janet : L’état mental des hystériques, L’Harmattan.
Max Kaltenmark : Lao Tseu et le taoïsme, « Maîtres spirituels », Seuil.
Michel Larroque : Volonté et involonté dans la pensée occidentale et orientale, l’Harmattan.
Alan W. Watts : Le bouddhisme zen, Payot. "

 

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D
<br /> <br /> Ca y est Teb, j'ai vu la fin!<br /> <br /> <br /> très beau film, en plus la fin "le présent est notre seul avenir" on ne dira pas le contraire n'est ce pas ?  <br /> <br /> <br /> Belle semaine a toi.            <br /> <br /> <br /> <br />
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T
<br /> <br /> Je suis content que tu ais apprécié le film... j'ai été content de le revoir aussi, je le trouve très dense, et les mots de la fin m'avaient la précédente fois échappé Non je ne dis pas le contraire.<br /> <br /> <br /> Bonne semaine à toi aussi !<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> <br /> Un film qui parle entre autre de ce phénomène d'imprégnation que je n'ai pas encore vu : l'envolée sauvage et puis quelques vidéos sur youtube d'un homme qui vole avec des oies en ulm, Christian Moullec, ici. Si j'en trouve d'autres et le film en streaming ou en téléchargement je te mettrai les liens.<br /> <br /> <br /> Bonne fin de dimanche à toi aussi Danielle, bises.<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> Coucou Teb!<br /> <br /> <br /> J'ai été enchantée par le  film, pendant 72 minutes, et puis plus rien!<br /> <br /> <br /> Peut  tu me raconter la fin?<br /> <br /> <br /> Je vois que tu aime les petits canard? Il y a quelques temps j'avais une grande mare devant la maison, et bien sur pleins de canard sauvage.<br /> <br /> <br /> J'ai apprivoisé une canne qui avait fait son nid contre la maison.<br /> <br /> <br /> Le jour ou elle est partie a la mare avec tous ses petits, il restait un oeuf pas ouvert! Je l'ai cassé,et il y avait un petit tout formé qui n'avait probablement pas put casser sa coquille.<br /> <br /> <br /> Je l'ai élevé, c'était drole, il me prenait pour sa mère.<br /> <br /> <br /> Après plus tard , je l'ai remi a la mare. Sa vrai mère n'a jamais voulu de lui, c'était un petit orphelin!<br /> <br /> <br /> Une belle fin de Dimanche!<br /> <br /> <br /> <br />
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T
<br /> <br /> Bonjour Danielle,<br /> <br /> <br /> Cette coupure est "normale" si tu le regardes sans télécharger, en direct (streaming). A priori, tu devrais pouvoir voir la fin maintenant (le nombre de minutes d'attente a du t'être indiqué), tu<br /> relances la lecture et tu te mets à 1h12 du début...Ce serait dommage que je vous raconte la fin. Si tu n'y arrives pas, je te ferai une petite procédure pour faire autrement.<br /> <br /> <br /> J'aime les animaux en général et oui j'aime bien les canards. Génial ton histoire de canard. Je me souviens d'un cours de psychologie qui expliquait cela, ce canard te prenait pour sa mère parce<br /> que tu as été la première qu'il ait vu en sortant de l'oeuf. Il n'était pas orphelin, tu étais en fait sa seule mère.<br /> <br /> <br /> L'ethologue qui a démontré cela avec des oies, mais aussi avec d'autres oiseaux, s'appelle Konrad Lorentz, il a appelé ce phénomène "empreinte psychologique". Voici les premiers liens que j'ai<br /> trouvé à ce sujet sur Wikipédia, ici et ici je vais voir si j'en trouve d'autres, je me souviens également de vidéos récentes à ce sujet, je devrais les<br /> retrouver<br /> <br /> <br /> imprégnation autre lien et une photo de K. Lorentz et de ses enfants, et encore une<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> http://coraregion.free.fr/images/chant/roitelet_triple_bandeau_sp.wav<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> L’Esprit joyeux est comme le roitelet-triple-bandeau.<br /> <br /> En grand équilibriste,<br /> à la vigilance insouciante<br /> et au relâchement contrôlé,<br /> il s’est posé sur l’aiguille du pin.<br /> <br /> Dans leur accord commun,<br /> il s’y laisse bercer par le vent,<br /> sans effort.<br /> <br /> Au jour du mariage de la volition et de l’in volition,<br /> il joue son chant clair avec dévotion,<br /> racontant quel seigneur de l’inaction dynamique<br /> il célèbre, en son Coeur,<br /> conduit par la Grâce de l’Un,<br /> au centre resplendissant<br /> de son propre mouvement immobile.<br /> <br /> Namasté <br /> <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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T
<br /> <br /> Bonjour Sans Objet,<br /> <br /> <br /> Merci pour votre texte, equilibre, et tendresse. Tendresse pour les oiseaux (Hier, dans le parc, un seul "coin" de canard m'a mis en joie) Et les plus petits d'entre eux me sont chers, même les<br /> moins colorés. Sourire quand le nom de ce roitelet est parvenu jusqu'à moi. Sourire encore quand je l'ai vu moins exigeant que son cousin le roitelet huppé, "tous les arbres lui conviennent même<br /> les plus exotiques...cèdre..." l'apercevoir en mon jardin...Et j'ai pensé à "l'oiseau bleu" du film "K-Pax, l'homme qui vient de loin". L'avez-vous vu ?<br /> Peut-être vous en ai-je déjà parlé ? Sinon je vous le conseille.<br /> <br /> <br /> (Je me souvenais essentiellement de tendresse, de beauté, de sourires et de rires, je viens de le revoir (15h19), il n'y a pas que cela...il est plein de choses que je trouve pour ma part très<br /> intéressantes - il faut aller au-delà du générique parce que la conclusion en mots n'est pas la véritable conclusion, il en est une imagée...)<br /> <br /> <br /> Belle journée ensoleillée, au son de la simplicité, de la joie et de la beauté<br /> <br /> <br /> Merci de me les faire reconnaître à nouveau, suivre ce que dit mon coeur.<br /> <br /> <br /> Namasté<br /> <br /> <br /> "Si tu tends trop la corde elle casse.<br /> <br /> <br /> Si tu ne la tends pas assez elle ne sonne pas"<br /> <br /> <br /> (Ajout du 3/07/2011)<br /> <br /> <br /> <br />